— Ça boume, mon petit gars ? elle lui demande gentiment.

Le colored-man a un imperceptible mouvement de tête, assez dubitatif.

— Pas trop, madame, répond-il dans un français qui serait sûrement zézayant si sa réponse comportait des syllabes sifflantes.

— Le docteur va passer vous voir, promet la rude femme.

Elle se tourne vers moi.

— Quant à vous, passez votre robe de chambre et allez au pansement, vous pouvez marcher, oui, ou désirez-vous le chariot ?

— Je peux marcher, ma sœur, je peux marcher…

Je me lève en bâillant. Je deviens un vrai boa dans ce plumard. Deux jours de repos forcé m'ont rendu tout vasouillard. Un bon conseil, mes amis : quand ça ne gaze pas, faites exactement comme si ça gazait, c'est la meilleure façon de guérir. L'homme qui se couche est un vaincu, il a la psychologie d'un vaincu et c'est très mauvais. La preuve, moi qui vous cause, je ne souffre d'aucun mal, mais, pour des raisons que vous connaîtrez postérieurement, je fais comme si. Résultat ? je me sens déjà délabré, les mecs. Je me caramélise, me caoutchoute, me chouchoute, me délabre, me disjoins. Je tangue en marchant. Ça vertige. J'ai la ligne de flottaison indécise.

— Vous savez où est la salle de pansements ? me demande Attila en arrachant le thermomètre que suçote Sa Majesté. Au fond du couloir à gauche !

— Merci, ma sœur.

Tandis que je noue la ceinture de ma robe de chambre, j'entends Béru implorer :

— Dites, je peux en griller une, ma sœur ?

— Jamais de la vie, ça incommoderait votre voisin !

— Je suis en manque, plaide le Captif, c'est terrible pour un gros fumeur !

— A qui le dites-vous, soupire Attila, faites comme moi : allez griller une gauloise aux cagouinsses !

* * *

« Salle de pansements »

C'est calligraphié sur la lourde en caractères aussi gras que les bajoues du Gros.



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