La guerre eut lieu. Mais qu’est-ce que ça peut faire ? Pour nous elle aurait pu être inventée, nous la suivions sur écran. Mais elle altéra la réalité en certaines de ses régions peu connues ; elle modifia l’économie, elle provoqua mon renvoi négocié, et fut la cause de mon retour vers ce que j’avais fui ; et les soldats retour de ces pays chauds ne retrouvèrent, dit-on, jamais toute leur âme : ils étaient mystérieusement malades, insomniaques, angoissés, et mouraient d’un effondrement intérieur du foie, des poumons, de la peau.

Cela valait la peine que l’on s’intéresse à cette guerre.


La guerre eut lieu, on n’en sut pas grand-chose. Il vaut mieux. Les détails que l’on en sut, pour peu qu’on les assemble, laissent entendre une réalité qu’il vaut mieux tenir cachée. Tempête du Désert eut lieu, le léger Daguet gambadant derrière. On écrasa les Irakiens sous une quantité de bombes difficile à imaginer, plus qu’on n’en lâcha jamais, chacun des Irakiens pouvait avoir la sienne. Certaines de ces bombes perçaient les murs et explosaient derrière, d’autres écrasaient à la suite les étages d’un immeuble avant d’exploser à la cave parmi ceux qui s’y cachaient, d’autres projetaient des particules de graphite pour provoquer des courts-circuits et détruisaient les installations électriques, d’autres consommaient tout l’oxygène d’un vaste cercle, et d’autres encore cherchaient elles-mêmes leur objectif, comme des chiens qui flairent, qui courent nez au sol, qui happent leur proie et explosent aussitôt qu’ils la touchent. Ensuite on mitrailla des masses d’Irakiens qui sortaient de leurs abris ; peut-être chargeaient-ils, peut-être se rendaient-ils, on ne le savait pas car ils mouraient, il n’en resta pas. Ils n’avaient de munitions que depuis la veille car le parti Baas, méfiant, qui liquidait tout officier compétent, ne donnait pas de munitions à ses troupes de peur qu’elles ne se révoltent.



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