Le médecin palpa longtemps la gorge de Charlie et il lui serra la main, on ne sait trop pourquoi, en partant.

Charlie perdit le papier avec le nom latin complexe de la maladie.

— Pensez à vous faire opérer, dit le médecin.

Facile à dire !

Charlie regarda la banque et soupira de nouveau.

La coupole rose en face était vivement illuminée. Le night-club prospérait. L’air frais portait jusqu’à Charlie les sanglots d’un groupe de jazz et les glapissements de femmes mêlés à des cris d’ivrognes. Charlie eut une expression méprisante et il se détourna de la bofte de nuit mal famée.

Un oiseau nocturne, battant bruyamment des ailes, survola obliquement la terrasse. Charlie se frotta les paupières pour chasser le sommeil.

Et dire que lui, Charlie MacGrown, a été un bon ingénieur ! Charlie sourit à ses souvenirs. Pendant un moment, il a même été le spécialiste N°1 de la Western, avant ce malencontreux incident avec Minou. Pauvre Minou ! Depuis que le chef l’a jeté de toutes ses forces contre un des murs du bureau, Minou n’a jamais pu s’en remettre.

Créé et formé par MacGrown, le protéique Minou devait recueillir des renseignements sur la surface de Pluton et les transmettre vers la Terre. Mais la fusée qui l’emmenait et dont il corrigeait le vol dévia de sa trajectoire et, après avoir fait le tour de la Lune, revint sur la Terre. Les radiogrammes que Minou envoyait ponctuellement, décrivant tout ce qu’il rencontrait sur son itinéraire terrestre furent d’abord pris pour des messages émis depuis Pluton, ce qui fut la cause de graves malentendus…

Oui, il a fallu en endurer pas mal… MacGrown s’efforçait de ne pas regarder le sinistre bâtiment de la prison. Il faut croire que toutes les prisons se ressemblent…

La compagnie l’a balancé comme un vulgaire torchon, sans aucun égard. Heureusement, le petit laboratoire n’a pas été saisi. En fait, c’est lui qui nourrissait Charlie, même si ce n’était pas à sa faim.



2 из 12