— Quelque chose d’intéressant ? demanda Sylveste.

Sluka se releva, pour la première fois depuis des heures, sans doute. Il lut la tension dans son regard. La petite spatule qu’elle utilisait tomba par terre, à côté de ses bottes souples. Elle arracha son masque, avala de grandes goulées d’air de Resurgam pendant quelques secondes et lança :

— Il faut que je vous parle.

— De quoi, Sluka ?

Sluka avala quelques goulées d’air dans son masque avant de répondre.

— Vous abusez de votre chance, docteur Sylveste.

— Vous venez de précipiter les vôtres dans le néant.

— Nous nous intéressons beaucoup à vos travaux, vous savez, poursuivit-elle comme si elle ne l’avait pas entendu. Nous partageons vos convictions. C’est pour ça que nous sommes là, que nous nous cassons le dos pour vous, docteur Sylveste. Mais vous auriez tort d’abuser. (Elle regarda en direction de Pascale, et le blanc de ses yeux lança des éclairs.) En ce moment, vous ne pouvez vous permettre de perdre un seul allié.

— C’est une menace ?

— Un fait. Si vous faisiez plus attention à ce qui se passe dans la colonie, vous sauriez que Girardieau trame quelque chose contre vous. Il paraît qu’il en est beaucoup plus près que vous ne le pensez.

Il sentit un picotement sur sa nuque.

— De quoi parlez-vous ?

— De quoi voulez-vous que je parle ? D’un soulèvement.

Elle l’écarta, posa le pied sur le premier barreau de l’échelle située sur le côté du puits et se retourna vers les deux autres étudiants, qui s’évertuaient, tête basse, à libérer l’obélisque de sa gangue.

— Restez au boulot si vous voulez, mais vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenus. Et si vous vous demandez ce que ça fait d’être pris dans une tempête de verre, vous n’avez qu’à regarder la tête de Sylveste.

L’un des étudiants leva timidement le nez.

— Où tu vas, Sluka ?



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