
— Parler avec les autres équipes de fouille. Tout le monde n’est peut-être pas au courant de l’alerte. Quand ils l’apprendront, je doute qu’ils soient nombreux à vouloir rester.
Elle commença à grimper. Sylveste tendit le bras et l’attrapa par le talon de sa botte. Sluka baissa les yeux. Elle avait remis son masque, mais on ne pouvait s’y tromper : elle le regardait d’un air méprisant.
— Vous êtes fichue, Sluka.
— Non, rétorqua-t-elle en recommençant à monter. C’est vous qui êtes fichu.
Sylveste s’interrogea sur ses propres états d’âme et s’aperçut, contre toute attente, qu’il était d’un calme absolu. Mais, comme celui qui régnait sur les océans d’hydrogène métallique des géantes gazeuses en orbite lointaine autour de Pavonis, son calme n’était dû qu’à des pressions effarantes, exercées de toute part.
— Alors ? demanda Pascale.
— Alors il y a quelqu’un à qui il faut que je parle, répondit Sylveste.
Sylveste gravit la rampe qui menait à son crawleur. L’autre était équipé de racks qui croulaient sous le matériel et les conteneurs d’échantillons. Les hamacs de ses étudiants étaient coincés dans le peu d’espace restant, mais ils n’avaient pas le choix : ils étaient bien obligés de dormir à bord de ces engins lorsque le chantier de fouilles était – comme celui-ci – situé à plus d’une journée de Mantell. Sylveste était sensiblement mieux loti : sa cabine et son bureau occupaient plus du tiers de l’espace intérieur de son crawleur, le reste étant réservé à la charge utile et à de modestes alcôves destinées à ses invités et à ses chargées de recherches, Sluka et Pascale, en l’occurrence. Cela dit, pour le moment, il était seul dans l’énorme véhicule.
À vrai dire, le décor faisait oublier qu’on était dans un crawleur : son antre était tendu de velours rouge, et les murs disparaissaient derrière une bibliothèque où étaient disposés des fac-similés d’instruments scientifiques et des spécimens de toute sorte.
