Cela dit, la honte que lui inspirait ce souvenir était moins provoquée par son ingratitude que par le fait qu’il avait ainsi révélé son ignorance alors qu’il aurait facilement pu la dissimuler. C’était une faiblesse qu’il ne devait plus jamais se permettre. Des années plus tard, il avait emporté le crâne sur Resurgam, afin de ne jamais oublier ce vœu.

Il ne pouvait pas échouer maintenant.

— Si ce que vous dites est vrai, rétorqua Pascale, alors ils ont été enterrés comme ça pour une raison donnée.

— Peut-être en guise d’avertissement, répondit Sylveste.

Il s’approcha des trois étudiants.

— J’avais peur que vous ne répondiez quelque chose dans ce goût-là, reprit Pascale en le suivant. Et quelle aurait pu être la raison de ce terrible avertissement ?

C’était une question de pure forme, Sylveste le savait bien. Elle comprenait parfaitement ce qu’il croyait savoir à propos des Amarantins. Elle paraissait aussi prendre plaisir à l’asticoter à ce sujet ; comme si, en l’obligeant à réaffirmer ses convictions, elle espérait l’amener à mettre le doigt sur une faille dans sa théorie. Une faille qui aurait fichu tout son raisonnement par terre, et l’aurait obligé à le reconnaître.

— L’Événement, reprit Sylveste en effleurant la fine ligne noire visible derrière le coffrage.

— L’Événement qui a anéanti les Amarantins, dit Pascale. Sans qu’ils puissent y faire quoi que ce soit. Et qui s’est produit avec une rapidité stupéfiante. De sorte qu’ils n’auraient pas eu le temps d’enfouir les corps dans une posture d’avertissement, quand bien même ils auraient eu une idée de ce qui les attendait.

— Ils avaient provoqué la fureur des dieux, répondit Sylveste.



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