
— Oui. Ils ne pouvaient qu’interpréter l’Événement comme une preuve de divin courroux, dans le cadre de leurs propres croyances, bien entendu ; tout le monde sera d’accord là-dessus. Mais ils n’auraient pas eu le temps de donner à cette conviction une forme pérenne avant de disparaître jusqu’au dernier, et encore moins d’enfouir les cadavres pour le bénéfice des archéologues qui viendraient d’on ne sait où, on ne sait quand, pour les déterrer.
Elle releva son capuchon sur sa tête et tira sur les cordons. D’impalpables panaches de poussière commençaient à tomber dans le puits ; l’air était moins calme depuis quelques minutes.
— Mais ce n’est pas ce que vous pensez, n’est-ce pas ? dit-elle.
Sans attendre sa réponse, elle enfila de grosses lunettes qui perturbèrent momentanément la périphérie de son champ de vision et baissa les yeux sur l’objet mis au jour.
Les lunettes de Pascale avaient accès aux données des gravimètres imageurs positionnés autour de la grille Wheeler, données qui se superposaient à l’image stéréoscopique des masses enfouies – ce que les yeux de Sylveste faisaient automatiquement, sur commande. Le sol sur lequel ils se tenaient devint vitreux, impalpable – une matrice brumeuse dans laquelle était incluse une chose immense, gigantesque. C’était un obélisque, un monolithe de pierre taillée, lui-même enfermé dans une succession de sarcophages de pierre. L’obélisque faisait vingt mètres de hauteur. Les fouilles n’avaient exposé que les quelques centimètres du haut. L’un des côtés présentait des traces d’écriture, plus précisément l’une des dernières formes graphiques amarantines standard. Mais les gravimètres imageurs ne parvenaient pas à révéler le texte. Leur pouvoir de résolution n’était pas suffisant. Pour en savoir plus long, ils devraient attendre d’avoir déterré l’obélisque.
Sylveste ramena ses yeux à leur vision normale.
