
Bien entendu, la Culture, ou plutôt les myriades de sociétés qui ont coalescé pour devenir la Culture, sont passées par toutes ces phases, mais en des temps si anciens qu’elles n’en ont pas conservé un souvenir plus clair que nous de nos mythologies. La Culture est un ensemble de projets dont certains ont abouti, d’autres ont été abandonnés et oubliés, et d’autres encore sont en cours. La Culture ne correspond ni à la réalisation d’une utopie, ni au déroulement d’un programme. Elle est en un sens incroyablement conservatrice dans son désir collectif de maintenir intacte sa capacité à entretenir des projets. En cela, la Culture ressemble à la vie elle-même, coriace, conservatrice des formes qui ont réussi, et experte dans la réutilisation des restes, toujours en train de s’épandre et de changer mais comme à regret, dévorant ce qui l’entoure, capable d’une violence prodigieuse mais en quelque sorte négligente devant tout ce qui entreprendrait de la contraindre ou de la conformer, pleine de compassion, de liens affectifs, et parfois de complaisance à son propre endroit ou plutôt, à ce que prétendent certains analystes que je ne suivrai pas aisément, la Culture est la forme que la vie a prise à l’échelle galactique. Enfin, localement.
