
Si l’on voulait ramener à une seule expression, forcément abusive, la multitude de projets que poursuit la Culture depuis qu’elle a commencé à prendre conscience d’elle-même, on pourrait dire que la Culture vise à être une assez bonne société. Non pas une bonne société comme en dessinaient les utopistes et les concepteurs de programmes, calée une fois pour toute et que rien plus jamais ne change, mais une assez bonne société, en mettant décidément l’accent sur l’adverbe assez. C’est incidemment un des objets de réflexion que s’est donné le Cercle de Jussieu, à côté de la critique érudite des pseudo-sciences, mais on comprendra aisément que je ne puisse en dire davantage ici.
Je vous suggère en passant de réfléchir à cette question : qu’est-ce que c’est, pour vous, qu’une assez bonne société ? Quels objectifs minimaux doit-elle se donner en matière de satisfaction des besoins et des désirs, à quelles fins peut-elle tendre, de quels moyens doit-elle disposer, quelles règles concrètes et provisoires doit-elle adopter pour y parvenir ? Il est bien clair qu’une assez bonne société suffisamment riche pour se payer bien des fantaisies coûteuses ne laisse pas quelqu’un mourir de faim ou de froid, ni dormir dans le caniveau, ni se dégrader faute de soins minimaux, ni n’abandonne divaguer dans ses rues des malades mentaux en proie à leurs démons, qu’elle assure à tous ses enfants l’instruction de base qui leur permettra de la reproduire, qu’elle s’arrange pour prévenir les meurtres, les viols et autres agressions, qu’elle choie ses créateurs, artistes et chercheurs, comme étant ses meilleurs investissements, et que tout cela, même mis bout à bout, ne lui revient pas très cher puisqu’il ne peut s’agir que de situations exceptionnelles, hormis l’éducation des enfants, et ne représente qu’une assez petite partie de sa richesse en expansion constante au moins les bonnes années.
