« Ouais ! coupa Yay. Trop d’expérience.

« Voilà qui est impossible, jeune fille », protesta le drone.

Yay Méristinoux prit une profonde inspiration et parut sur le point de répliquer, mais se contenta finalement d’écarter largement les bras avant de les laisser retomber le long de son corps ; elle leva les yeux au ciel et se retourna vers la fenêtre.

« On verra ce qu’on verra », conclut-elle.

L’après-midi finissant, qui jusque-là allait en s’assombrissant, fut brusquement illuminé, de l’autre côté du fjord, par un vif rayon de soleil filtrant à travers les nuages et la pluie calmée. La pièce s’emplit peu à peu d’une luminosité aqueuse, et les lumières de la maison déclinèrent à nouveau. Le vent agitait les cimes des arbres dégouttants.

« Ah ! lança Yay en s’étirant de tout son long en repliant les bras. Pas de raison de s’en faire. (Elle scruta le paysage d’un œil critique.) Tant pis ! Moi, je vais courir un peu, annonça-t-elle. (Sur ces mots, elle se dirigea vers la porte d’angle, enleva une botte, puis l’autre, jeta son gilet sur le dossier d’une chaise et entreprit de déboutonner son chemisier.) Vous verrez, fit-elle en agitant un doigt à l’adresse de Gurgeh et Chamlis. L’heure des îles flottantes a sonné. »

Chamlis s’abstint de répondre. Gurgeh affichait un air sceptique. Yay s’en fut.

Chamlis alla à la fenêtre et regarda la jeune fille – qui n’était plus vêtue que d’un short – dévaler le sentier qui partait de la maison et descendait entre pelouses et bosquets. Elle fit un unique signe de la main sans regarder en arrière et s’enfonça dans les bois. Chamlis répondit en faisant clignoter son champ, tout en sachant très bien qu’elle ne pouvait pas le voir.

« Jolie fille, fit-il.

« À côté d’elle, je me sens bien vieux, répondit Gurgeh en se rasseyant sur le canapé.



36 из 447