
À chaque marche, ce dernier poussait un grognement ; à un moment donné il marmonna :
— Pas si fort, femme.
Alors le jeune homme s’arrêta et contempla le vieil homme ; celui-ci ronflait, et un filet de bave s’échappait des commissures de ses lèvres. Il secoua la tête et poursuivit son chemin.
Au troisième palier, il s’arrêta pour boire, laissant ronfler Cullis. Puis il se sentit suffisamment ragaillardi pour reprendre la descente. Il se passait encore la langue sur les lèvres tout en reprenant Cullis par le col, quand lui parvint un sifflement de plus en plus sonore et de plus en plus grave. Il se laissa tomber au sol en se dissimulant à demi sous le corps de Cullis.
Le projectile explosa suffisamment près pour fendiller les vitres des hautes fenêtres et décoller un peu de plâtre, qui traversa avec grâce les triangles lumineux projetés par le soleil avant de tomber délicatement en pluie sur les marches.
— Cullis ? (Il attrapa de nouveau le col de son compagnon et fit un bond vers le bas de l’escalier.) Cullis ! vociféra-t-il en dérapant sur le palier inférieur, manquant tomber. Cullis, espèce de vieille marmotte stupide ! Réveille-toi !
Un deuxième hurlement décroissant fendit l’air ; le palais tout entier frémit sous l’impact, et une fenêtre fut soufflée quelque part au-dessus de leurs têtes ; une averse de plâtre et de verre dégringola dans la cage d’escalier. À demi accroupi, tirant toujours Cullis, il chancela et descendit en jurant une autre volée de marches.
— CULLIS ! rugit-il en passant à toute vitesse devant des niches vides et des fresques de style pastoral d’un rendu exquis. Bouge ton vieux cul, Cullis, merde ! Allez, RÉVEILLE-TOI !
Nouveau dérapage sur le palier suivant ; les bouteilles qui restaient tintèrent furieusement, et le volumineux fusil qu’il portait à l’épaule arracha au passage quelques morceaux de panneaux décoratifs.
