
Une femme avait même témoigné avoir vu dans une vasque les corps coupés en morceaux de deux petits garçons dont les membres encore charnus baignaient dans leur sang.
– C'est aussi cela, le royaume de France, avait ajouté Nicolas Gabriel de La Reynie.
J'étais effrayé, mais je ne doutais point de la véracité de ce qu'il me confiait.
J'avais foi en lui.
Évoquant son souvenir peu de temps après sa mort, le duc de Saint-Simon devait me dire que La Reynie « était un homme d'une grande vertu et d'une grande capacité qui, dans une place qu'il avait pour ainsi dire créée, devait s'attirer la haine publique et s'acquit pourtant l'estime universelle ».
Mais cette vertu n'alla pas sans tourments, et sa tâche de lieutenant général de police était si lourde qu'il en fut épuisé.
J'ai su qu'il avait dû, en 1681, défendre sa position et la Chambre ardente dans le cabinet du Roi, devant Sa Majesté, les ministres Colbert et Louvois, et le chancelier de France. Il réussit alors à empêcher que la Chambre ardente fût dissoute, mais les « faits particuliers » durent être consignés, comme je l'ai dit, sur des « feuilles séparées », afin de préserver et la gloire du Roi, et l'image de puissance et d'ordre du royaume.
Ce qui impliquait que les personnes proches du Roi mises en cause, même si elles avaient été citées devant la Chambre ardente, ne fussent jamais jugées, et que leurs noms fussent tenus secrets.
Illustrissimes Seigneuries, vous les trouverez dans la Relation particulière que j'ai rédigée à votre intention.
IV.
« Des modes de crimes comme d'habits »
Ce sont des noms de femmes que cite d'abord Nicolas Gabriel de La Reynie.
J'ai vu la première, Marie-Madeleine d'Aubray, marquise de Brinvilliers, assise dans l'un des tombereaux chargés habituellement de transporter, hors les murs de la ville, les ordures, viandes pourries et carcasses puantes.
