
La masse frappa l’eau avant que,lentement, les lentilles dérangées ne regagnent leur place. Le morts’enfouissait vers les abysses, emportant un secret scellé par la peur, ledégoût… l’argent…
Dernières bulles d’air qui éclatentà la surface. Ultimes clins d’œil d’un père de famille. Au revoir aquatique.Puis plus rien…
La voiture s’éloigna vers lesfaisceaux brasillant de la route nationale.
Des contractions musculaires,infimes, glissèrent sur le contour des lèvres de Vigo pour en tirer un ersatzde sourire.
— Le magot ! Le magot est à nous Sylvain ! T’imagines ?
— Non, pas encore…
— Écoute bien ce que je vais te dire. Cet argent, on ne va pas pouvoir ytoucher tout de suite. Le temps que les choses se tassent, que nos esprits yvoient clair. Ta femme ne doit rien savoir. Pas de sous-entendus, d’allusionsqui aiguiseraient ses soupçons, OK ?
Sylvain passa une main sur sonvisage, comme s’il cherchait à décoller un masque de terreur.
— Tu crois que j’ai envie qu’elle sache ?
— On a juste agi logiquement, d’accord ?
Sylvain acquiesça sans conviction.
— Ne change rien à tes habitudes. Poursuis ta recherche d’emploi etcontinue à nourrir tes poules. Demain j’ai un entretien d’embauche, je m’yprésenterai, comme si de rien n’était. Nous ne sommes jamais allés àDunkerque cette nuit. On jouait chez moi aux échecs sur internet, comme tousles jeudis soirs.
— Et mon capot démoli, mon phare explosé ?
— Tu achètes un phare chez un détaillant automobile et tu le changestoi-même. Paie en liquide. Tu connais un carrossier qui peut réparer ta voitureau black ?
— Je vais souvent à la casse de Lens. J’ai un contact là-bas.
— A priori, la tôle n’est pas pliée. Il devraitréussir à te réparer ça sans laisser trop de traces. Je te fais confiance pourbaratiner ta femme sur l’origine du coup. Dans tous les cas, n’appelle jamaiston assurance !
