Après une large inspiration, Vigoproposa :

— Tiens ! Si on allait se faire un dernier trip dans le champd’éoliennes ? Histoire d’évacuer ce goudron cérébral et de se rappeler lebon vieux temps ?

— Pas trop d’accord… J’ai jamais aimé faire ça…

— Allez ! Pour nousprouver qu’à vingt-sept ans, on n’est pas morts ! Laisse-moi levolant ! J’ai envie d’ouvrir le bal !

La zone industrielle de Dunkerquedéroulait ses tentacules lumineux à perte de vue sous la coupole nocturne. Lelong des voies désertes, les cheminées des raffineries tendaient leurs gueulesnoirâtres sous les ténèbres de décembre.

— On dirait l’Étoile Noire dans La Guerre des étoiles, constataSylvain avec appréhension. Pas une âme sur des kilomètres de tôle et de béton.Et ce grondement permanent. Même avec les années, ce monstre de métal me fichetoujours autant la trouille.

— Dunkerque dans toute sa splendeur, nécropole de boulons vissés et deplaques soudées. On y arrive…

Le véhicule obliqua vers l’usined’Air Liquide avant de s’engager sur une voie sans issue, bordée de veilleusesvertes et jaunes rasant le sol. Vigo coupa les phares. Autour, sous lesattaques du vent, des dizaines d’éoliennes géantes. Elles hurlaient…

— Notre piste de décollage ! Au diable la limitation devitesse ! À la trappe nos vies formatées, préfabriquées ! J’emmerdeles lois et règles de ce monde ! Combien ? Combien tu dis à ladernière lampe ?

— J’aime pas ce genre de trip ! Allume les phares !

— Tous feux éteints pour un max de frissons ! Je te parie un centsoixante ! Un putain de cent soixante ! Tu crois que ton cœur vatenir ? Accroche-toi !

Le moteur cabra ses chevaux. Trèsvite, les rangées de veilleuses ne formèrent plus que deux lignes absorbées parla vitesse. La sensation de voler, la morsure de l’adrénaline.

Le choc fut d’une violence inouïe…

2.



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