Chez les Papous, il y a des Papouset des pas Papous. Chez les Papous, il y a des Papous papas et des Papous paspapas…

Mélodie marmonnait sa comptinepréférée sans discontinuer. Quand elle chantait, des sons riants dansaient danssa tête et chassaient les mauvaises idées. Son estomac lui paraissait moinsdouloureux aussi. Si elle ne criait plus, le Monstre lui avait promis qu’elleretrouverait son papa, sa maman et Claquette aussi, sa chienne toujoursjoyeuse. Elle serra sa poupée contre son petit cœur sans cesser de chantonner.

Ne pense pas aux grognements… Ilsn’existent pas… J’ai froid… J’ai faim…

La douleur lancinante accrochée aufond de sa gorge ne la lâchait plus. Une gêne impalpable qui la forçait àtousser, lui donnait envie de se gratter le palais jusqu’à transpercer la voûtede chair. Elle avait beau boire, cracher, rien ne sortait, hormis des rouleauxde feu.

Depuis leur arrivée dans la cavernehumide, le Monstre rugissait de colère. Mélodie percevait, dans sa façon debattre le sol, le reflet d’une méchanceté intérieure. Parfois, la Bête rôdaitautour d’elle et un souffle tiède frappait son visage d’enfant en pulsationsdégoûtantes. Pourtant, elle lui avait obéi. Elle s’était laissé faire, sansbouger. Alors pourquoi son papa ne venait-il pas la chercher ? Pourquoi leMonstre ne tenait-il pas sa promesse ?

Parce que les monstres sontméchants. Les monstres ne disent jamais la vérité.

La gamine frigorifiée devinait dansl’épaisseur de l’air la tension d’un orage sur le point d’éclater. Elle sentaitcertaines choses plus que n’importe quel autre enfant, un surplus desensibilité qui lui permettait de voir à l’intérieur des êtres, de ressentir lachaleur de leur aura ou le salpêtre de leur rage. Et ce qu’elle découvrit dansl’âme du Monstre l’ébranla. Elle réprima un sanglot, s’empressa d’essuyer laperle qui roulait sur sa joue, tout en repliant ses jambes contre sa poitrine.Trop tard. Une gifle la projeta sur le sol.



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