LUCIANA.-Ma soeur est tout cela, ou du moins devrait l'être.

ANTIPHOLUS.-Prenez vous-même le nom de soeur, ma bien-aimée, car c'est à vous que j'aspire: c'est vous que je veux aimer, c'est avec vous que je veux passer ma vie. Vous n'avez point encore de mari; et moi, je n'ai point encore d'épouse: donnez-moi votre main.

LUCIANA.-Oh! doucement, monsieur: arrêtez, je vais aller chercher ma soeur, pour lui demander son agrément.


(Luciana sort.)


(Entre Dromio de Syracuse.)


ANTIPHOLUS de Syracuse.-Eh bien! Dromio? Où cours-tu si vite?

DROMIO.-Me connaissez-vous, monsieur? Suis-je bien Dromio? Suis-je votre valet, suis-je bien moi?

ANTIPHOLUS.-Tu es Dromio, tu es mon valet; tu es toi-même.

DROMIO.-Je suis un âne, je suis le valet d'une femme, et avec tout cela, moi.

ANTIPHOLUS.-Comment, le valet d'une femme? Et comment, toi?

DROMIO.-Ma foi, monsieur, outre que je suis moi, j'appartiens encore à une femme; à une femme qui me revendique, à une femme qui me pourchasse, à une femme qui veut m'avoir.

ANTIPHOLUS.-Quels droits fait-elle valoir sur toi?

DROMIO.-Eh! monsieur, le droit que vous réclameriez sur votre cheval; elle prétend me posséder comme une bête de somme: non pas que, si j'étais une bête, elle voulût m'avoir: mais c'est elle qui, étant une créature fort bestiale, prétend avoir des droits sur moi.

ANTIPHOLUS.-Qui est-elle?

DROMIO.-Un corps fort respectable: oui, une femme dont un homme ne peut parler sans dire: sauf votre respect. Je n'ai qu'un assez maigre bonheur dans cette union, et cependant c'est un mariage merveilleusement gras.

ANTIPHOLUS.-Que veux-tu dire, un mariage merveilleusement gras?

DROMIO.-Hé! oui, monsieur: c'est la fille de cuisine, elle est toute pleine de graisse: et je ne sais trop qu'en faire, à moins que ce ne soit une lampe, pour me sauver loin d'elle à sa propre clarté. Je garantis que ses habits, et le suif dont ils sont pleins chaufferaient un hiver de Pologne: si elle vit jusqu'au jugement dernier, elle brûlera une semaine de plus que le monde entier.



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