Ils sortirent, reprirent leur marche. Encore l'avenue des Deux-Républiques.

Taxi. La voiture démarra à une allure de film. Katow, assis à gauche, se pencha, regarda le chauffeur avec attention.

- Il est nghien{2}. Dommage. Je voudrais absolument n'être pas tué avant demain soir. Du calme, mon petit !

- Clappique va donc faire venir le bateau, dit Kyo. Les camarades qui sont au magasin d'habillement du gouvernement peuvent nous fournir des costumes de flics...

- Inutile. J'en ai plus de quinze à la perm'nence.

- Prenons la vedette avec tes douze types.

- Ce serait mieux sans toi...

Kyo le regarda sans rien dire.

- C'est pas très dangereux, mais c'est pas non plus de tout repos, vois-tu bien. C'est plus dangereux que cette andouille de chauffeur qui est en train de reprendre de la vitesse. Et c'est pas le moment de te faire descendre.

- Toi non plus.

- C'est pas la même chose. Moi, on peut me remplacer, maintenant, tu comprends... J'aimerais mieux que tu t'occupes du camion qui attendra, et de la distribution.

Il hésitait, gêné, la main sur la poitrine. « Il faut le laisser se rendre compte », pensait-il. Kyo ne disait rien. La voiture continuait à filer entre des raies de lumière estompées par la brume. Qu'il fût plus utile que Katow n'était pas douteux : le Comité Central connaissait le détail de ce qu'il avait organisé, mais en fiches, et lui avait la ville dans la peau, avec ses points faibles comme des blessures. Aucun de ses camarades ne pouvait réagir aussi vite que lui, aussi sûrement.

Des lumières de plus en plus nombreuses... De nouveau, les camions blindés des concessions, puis, une fois de plus, l'ombre.

L'auto s'arrêta. Kyo en descendit.

- Je vais chercher les frusques, dit Katow ; je te ferai prendre quand tout sera prêt.



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