– Comment vous le faut-il, grand-maman*?


– Un roman où le héros n’étrangle ni père ni mère, et où il n’y ait pas de noyés. Rien ne me fait plus de peur que les noyés.


– Où trouver à présent un roman de cette espèce? En voudriez-vous un russe?


– Bah! est-ce qu’il y a des romans russes? Tu m’en enverras un; n’est-ce pas, tu ne l’oublieras pas?


– Je n’y manquerai pas. Adieu, grand-maman*, je suis bien pressé. Adieu, Lisabeta Ivanovna. Pourquoi donc vouliez-vous que Naroumof fût dans le génie?»


Et Tomski sortit du cabinet de toilette. Lisabeta Ivanovna, restée seule, reprit sa tapisserie et s’assit dans l’embrasure de la fenêtre. Aussitôt, dans la rue, à l’angle d’une maison voisine, parut un jeune officier. Sa présence fit aussitôt rougir jusqu’aux oreilles la demoiselle de compagnie; elle baissa la tête et la cacha presque sous son canevas. En ce moment, la comtesse rentra, complètement habillée.


«Lisanka, dit-elle, fais atteler; nous allons faire un tour de promenade.»


Lisabeta se leva aussitôt et se mit à ranger sa tapisserie.


«Eh bien, qu’est-ce que c’est? Petite, es-tu sourde? Va dire qu’on attelle tout de suite.


– J’y vais», répondit la demoiselle de compagnie. Et elle courut dans l’antichambre. Un domestique entra, apportant des livres de la part du prince Paul Alexandrovitch. «Bien des remerciements. – Lisanka! Lisanka! Où court-elle comme cela?


– J’allais m’habiller, madame.


– Nous avons le temps, petite. Assieds-toi, prends le premier volume, et lis-moi.» La demoiselle de compagnie prit le livre et lut quelques lignes.


«Plus haut! dit la comtesse. Qu’as-tu donc? Est-ce que tu es enrouée? Attends, approche-moi ce tabouret… Plus près… Bon.»



5 из 29