Ils prirent lentement l'habitude l'un de l'autre. Elle ne tressaillait plus quand la main calleuse d'Ivan touchait sur sa poitrine la cicatrice profonde. Lui ne remarquait même plus cette cicatrice ni son petit poing mutilé. Une fois, elle retint sa main et la passa sur les bourrelets de la plaie.

– Tu vois, c'est là, dans ce petit creux, qu'il s'est logé. Le diable l'emporte!

– Oui, il a mordu profond.

Ivan l'attira à lui et chuchota à son oreille: «Ce n'est pas grave. Tu me feras un fils et tu lui donneras le sein droit. Le lait, c'est le même…»


À l'automne, l'isba était achevée. Un peu avant la première neige ils récoltèrent les pommes de terre plantées tardivement, ainsi que quelques légumes.

La neige tomba, le village s'assoupit. De temps en temps seulement, on entendait le tintement d'un seau dans le puits et la toux du vieux chien dans la cour du chef du kolkhoze.

Le matin, Ivan allait au soviet, puis à la forge. Avec les autres hommes il réparait les outils pour les travaux du printemps. A son retour, il se mettait à table avec Tania. Il soufflait sur une pomme de terre brûlante et craquelée, jetait sur sa femme des regards rapides, sans pouvoir dissimuler un sourire. Tout lui apportait une joie secrète. C'était propre et paisible, dans leur isba neuve. On entendait le bruit régulier du carillon. Derrière les vitres couvertes de cannelures givrées se couchait un soleil mauve. Et près de lui était assise sa femme qui attendait un enfant, embellie, un peu solennelle, plus attirante encore dans cette gravité douce et paisible.

Après le repas, Ivan aimait parcourir lentement les pièces de l'isba, écoutant le craquement des planches. Il tapotait les parois blanches du poêle en répétant: «Tu sais, Taniouchka, on aura toute une nichée d'enfants. Et dans nos vieux jours, nous nous réchaufferons sur ce poêle. C'est vrai, regarde. Ce n'est pas un poêle, c'est un vrai navire. La léjanka est encore mieux que l'ancienne.»



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