L'hiver sévissait. Les puits étaient gelés jusqu'au fond. Les oiseaux, figés en plein vol, tombaient en petites boules inertes. Un jour, sur le seuil de la maison, Tania ramassa un de ces oiseaux et le posa sur un banc, près du poêle. «À la chaleur, il va peut-être se remettre», pensa-t-elle. Mais le petit oiseau ne bougea pas. Simplement sur ses plumes le givre brilla en fines gouttelettes.

En avril, ils eurent leur fils. «Comme il te ressemble, Ivan, dit Vera, la femme au teint basané. Ce sera aussi un Héros.» Elle avait apporté l'enfant qui criait et le tendait à son père.

Vers le soir, Tania commença à étouffer. On ouvrit la fenêtre pour laisser entrer le froid crépuscule d'avril. Vera lui donna à boire une tisane, mais rien ne la soulageait. Le médecin le plus proche habitait dans un village, à dix-huit kilomètres. Ivan mit sa capote et partit en courant sur la route défoncée. Il ne rentra qu'au petit matin. Pendant tout le trajet il avait porté sur son dos le vieux médecin.

Les piqûres et les potions soulagèrent Tania. Ivan et le médecin, tous deux ivres de fatigue après cette nuit blanche, s'assirent pour boire du thé. Vera apporta un petit pot de lait de chèvre, le chauffa et nourrit l'enfant.

Avant de prendre la route, le médecin but un petit verre de samogon et dit: «Bon, vous lui donnerez cette poudre si jamais le cœur flanche. Mais normalement, avec un éclat comme ça, elle n'aurait pas dû avoir d'enfant, pas même pétrir la pâte… Mais je sais, je sais, soldat… quand on est jeune… je l'ai été moi aussi!» Il jeta à Ivan un clin d'œil complice et se dirigea vers la grand-route.

Ils appelèrent leur fils Kolka, comme le petit frère d'Ivan tué par les Allemands.


Au printemps, par une fâcheuse coïncidence, l'unique cheval du kolkhoze mourut juste avant les labours. Les derniers temps, on n'avait eu rien d'autre à lui donner que de la paille pourrie et des tiges desséchées.



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