
Un matin on vit arriver à Goritsy, dans une jeep cahotante, le responsable régional du Parti, secrétaire du Raïkom
– Alors, on fait du sabotage, fils de pute? Tu veux foutre en l'air le plan céréalier de la région? Je te préviens, pour une affaire comme ça, on fusille les gens comme ennemis du peuple!
Il inspecta tout le kolkhoze, jeta un coup d'œil sur la forge et sur l'écurie. «Où est le cheval? demanda-t-il. Quoi? Mort? Je t'en foutrai, moi, des "Il est mort… " Saboteur!»
Ils se rendirent dans les champs. Le secrétaire du Parti continuait à vitupérer. «Ah! il lui manque des terres pour les semailles… Il se plaint toujours, ce fils de chien. Et ça, c'est quoi? Ce n'est pas de la terre? Pourquoi n'as-tu pas encore enlevé les pierres? Des terrains comme ça, chez toi, koulak
Ils s'étaient arrêtés près d'un champ argileux qui descendait vers la rivière. Il était parsemé de gros cailloux blancs. «Pourquoi n'enlèves-tu pas ces pierres? hurla de nouveau le secrétaire. C'est à toi que je parle, hein!»
Le chef du kolkhoze, qui jusque-là n'avait pas ouvert la bouche, machinalement, de son unique main, rentra sous la ceinture la manche vide de sa vareuse. D'une voix enrouée il dit: «Ce ne sont pas des pierres, camarade secrétaire…»
– C'est quoi, alors? hurla l'autre. C'est peut-être par hasard des betteraves à sucre qui ont poussé toutes seules?
Ils s'étaient approchés. Ils virent alors que les cailloux blancs étaient des crânes humains.
– C'est là que les nôtres ont essayé de briser l'encerclement, dit d'une voix sourde le chef du kolkhoze. Ils ont été pris dans un feu croisé…
Le secrétaire s'étrangla de fureur et siffla: «Tu me racontes tout le temps des histoires. Il y a un joli ramassis de Héros dans le coin! Vous êtes tous des planqués, ici, derrière vos exploits passés!»
Ivan, le visage terreux, s'avança vers lui, le saisit par le revers de sa veste de cuir noir et lui cria dans les yeux:
