– Pourriture! Les salauds comme toi, au front, je les descendais à la mitraillette. Répète voir un peu, à propos des Héros…

Le secrétaire poussa un cri aigu, s'arracha à Ivan et se jeta dans la voiture. Il passa la tête par la portière et dans le bruit du moteur cria:

– Prends garde, le chef! Tu réponds du plan sur ta tête. Et toi, Héros, on se retrouvera.

La voiture fit gicler la boue printanière et sauta sur les ornières.

Silencieux, ils retournèrent au village. L'odeur acre et fraîche de l'humus arrivait de la forêt où la neige avait fondu. Sur les petites collines poussaient déjà les premières herbes. En le quittant, le chef du kolkhoze dit à Ivan:

– Vania, tu as eu tort de le secouer. Tu sais, comme on dit, ne touche pas à la merde, elle ne puera pas. Quant à nous, de toute façon, demain il faut commencer à labourer. Et pas à cause des ordres de cet abruti…


Le lendemain, Ivan s'avançait, pesant sur la charrue, trébuchant dans les ornières, glissant sur les mottes luisantes. La charrue, à l'aide de cordes fixées au timon, était tirée par deux femmes. À droite marchait Vera dans de grandes bottes affaissées qui ressemblaient, à cause de la boue, à des pieds d'éléphant. À gauche, l'amie d'enfance d'Ivan, Lida. Elle portait encore sa jupe d'écolière qui lui découvrait le genou.

La matinée était limpide et ensoleillée. Affairées, les corneilles s'envolaient et se posaient sur les labours. Voletant, hésitant et fragile, brilla dans un bref frémissement jaune le premier papillon.

Ivan regardait le dos et les pieds des deux femmes qui progressaient péniblement. Parfois le soc s'enfonçait trop profondément. Les femmes s'arc-boutaient sur les cordes. Ivan remuait alors les poignées de la charrue, essayant de les aider. Le soc d'acier fendait la terre, s'en arrachait, et ils continuaient leur marche. Et de nouveau Ivan voyait les pieds d'éléphant et les vestes roussies par le soleil et la pluie.



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