
Ces soirées plaisaient aux Demidov. Tania mettait la blouse blanche de son mariage, Ivan jetait sur ses épaules une veste avec la brochette de ses décorations. Et ils dansaient ensemble, se souriant, se laissant griser par la douce rêverie des paroles:
Les années coulaient, à la fois lentes et rapides. Insensiblement les fils Fedotov avaient grandi, devenant de jeunes gaillards à la voix de basse. Tous les trois s'étaient mariés et étaient partis ici ou là.
Certains disques avaient vieilli, d'autres devenaient à la mode. Et c'était déjà la jeune génération qui les faisait tourner sur le rebord des fenêtres, en commentant: «Ça, c'est Lolita Torrez… Et ça, c'est Yves Montand.»
Le seul événement qui était resté dans la mémoire d'Ivan durant ces années était la mort de Staline. Et d'ailleurs pas la mort elle-même, puisque ce jour-là, c'était clair, on avait bu et pleuré comme des fontaines, et c'était tout. Non, un autre jour, plus tard, déjà sous Khrouchtchev, quand on avait enlevé le monument de Staline. Pourquoi l'avoir choisi, justement lui, Demidov, pour ce travail? Peut-être parce qu'il était Héros de l'Union soviétique? Le chef de leur parc de véhicules l'avait convoqué. Ivan se retrouva avec les responsables du Parti. On lui expliqua de quoi il s'agissait. Il avait à prendre son Zis cette nuit-là et à faire des heures supplémentaires.
