
— Et alors ?
— J’ai dit que cette pièce-là n’est pas comme les nôtres. C’est de l’or pur. »
Après le départ de Dularge, ventre à terre, l’alchimiste passa un certain temps à contempler le plafond. Puis il sortit un tout petit bout de mince parchemin, fourragea en quête d’une plume parmi les débris qui jonchaient son établi et rédigea un message très court, très succinct. Il s’approcha ensuite de ses cages de colombes blanches, jeunes coqs noirs et autres animaux de laboratoire. De l’une il tira un rat au pelage luisant, roula le parchemin dans l’étui attaché à une patte arrière et relâcha l’animal.
Le rat courut un moment de droite et de gauche en flairant par terre avant de disparaître dans un trou du mur d’en face.
À peu près au même instant une diseuse de bonne aventure au palmarès ridicule jusque-là et qui vivait de l’autre côté du pâté de maisons jeta par hasard un coup d’œil dans sa boule de cristal, poussa un petit cri et, dans l’heure qui suivit, vendit ses bijoux, divers accessoires magiques, la majeure partie de ses vêtements et presque tous ses autres biens difficilement transportables sur le cheval le plus rapide qu’elle put acheter. Le fait que, plus tard, au moment où sa maison s’effondrerait en flammes, elle mourrait sous un éboulement imprévu dans les montagnes de Morpork, ce fait-là prouve que la Mort aussi a le sens de l’humour.
* * *
Toujours à peu près à l’instant où le rat voyageur disparaissait et galopait dans un labyrinthe de galeries sous la ville, poussé par un instinct ancestral, le Patricien d’Ankh-Morpork se saisissait des lettres distribuées ce matin-là par albatros. L’œil pensif, il considéra de nouveau celle du dessus et convoqua son chef des espions.
Et au Tambour Crevé, Rincevent, bouche bée, écoutait Deuxfleurs.
