
— Euh… il se serait contenté de moins, concéda Rincevent.
— Ah. Je le saurai, la prochaine fois. J’ai beaucoup à apprendre, à ce que je vois. Il me vient une idée. Rincevent, accepteriez-vous de me servir de… je ne sais pas, peut-être que le mot « guide » conviendrait à la situation ? Je pense avoir les moyens de vous payer un rhinu par jour. »
Rincevent ouvrit la bouche pour répondre mais sentit les mots se recroqueviller dans sa gorge, peu décidés à mettre le nez dans un monde qui sombrait si vite dans la folie. Deuxfleurs rougit.
« Je vous ai offensé, dit-il. C’était une demande déplacée à faire à un homme comme vous qui exercez une profession libérale. Vous avez sûrement un programme chargé auquel vous voulez retourner… des tâches de grande magie, sans doute…
— Non, répondit Rincevent d’une petite voix. Pas pour le moment. Un rhinu, vous dites ? Un par jour. Tous les jours ?
— Je crois, vu les circonstances, que je devrais peut-être aller à un rhinu et demi par jour. Plus les frais, bien entendu. »
Le mage se ressaisit magnifiquement. « Ce sera très bien, dit-il. Parfait. »
Deuxfleurs plongea la main dans sa bourse et en sortit un gros objet rond en or qu’il regarda un instant avant de le ranger à nouveau. Rincevent n’eut pas le temps de le voir distinctement.
« Je crois, dit le touriste, que je me reposerais bien un peu maintenant. La traversée a été longue. Et puis, si ça ne vous fait rien, vous pourriez repasser à midi et nous irions visiter la ville.
— Bien sûr.
— Alors soyez assez aimable pour demander à l’aubergiste de me conduire à ma chambre. »
Rincevent s’exécuta, et il regarda Dularge, nerveux comme un pou, tout juste revenu au galop d’une arrière-salle, monter le premier l’escalier de bois derrière le bar. Au bout de quelques secondes, le Bagage se leva et trottina à leur suite.
