
— Non. L’Empereur n’est encore qu’un enfant. C’est un… idéaliste. Un passionné. Un dieu pour son peuple. Alors que la lettre de cet après-midi vient, sauf erreur de ma part, de Neuf-Miroirs-Pivotants, le Grand Vizir. Il a vieilli au service de plusieurs empereurs. Il les tient pour des éléments nécessaires, quoique agaçants, à la bonne marche de l’Empire. Il déteste que les choses ne restent pas à leur place. On ne bâtit pas un empire de cette façon-là. C’est son point de vue.
— Je commence à comprendre… dit le Patricien.
— Parfaitement. » Gorphal sourit dans sa barbe. « Ce touriste n’est pas resté à sa place. Après avoir accédé aux désirs de son maître, Neuf-Miroirs-Pivotants prendra, j’en suis sûr, ses propres dispositions pour que ce voyageur isolé n’ait pas l’occasion de rentrer au pays en ramenant, peut-être, la maladie de l’insatisfaction. L’Empire aime que les gens restent à la place qu’il leur a attribuée. Ce serait alors tellement plus commode si ce Deuxfleurs disparaissait pour de bon en pays barbare. À savoir ici, maître.
— Et que me conseilles-tu ? » demanda le Patricien.
Gorphal haussa les épaules.
« Simplement de ne rien faire. Les choses s’arrangeront sûrement d’elles-mêmes. Toutefois… – il se gratta pensivement une oreille – la Guilde des Assassins, peut-être… ?
— Ah, oui. La Guilde des Assassins. Qui en est le président, en ce moment ?
— Zlorf Pied-de-Flanelle, maître.
— Glisse-lui un mot, veux-tu ?
— Parfaitement, maître. »
Le Patricien hocha la tête. Il se sentait plutôt soulagé. Il était d’accord avec Neuf-Miroirs-Pivotants : la vie était bien assez dure comme ça. Les gens n’avaient qu’à rester à leur place.
* * *
Des constellations étincelantes brillaient au-dessus du Disque-monde.
