
« Écoute, fit Rincevent, ça n’avance à rien. » Il se déplaça de quelques centimètres en crabe. Le Bagage le suivit fidèlement, le couvercle entrebâillé, menaçant. Le mage songea l’espace d’un instant se mettre hors d’atteinte d’un bond désespéré. Le Bagage clappa du couvercle d’avance.
De toute façon, se dit Rincevent la mort dans l’âme, cette saleté le suivrait quand même. C’est qu’elle avait l’air tenace. Même s’il réussissait à se trouver un cheval, le mage avait la désagréable impression que le coffre ne lâcherait pas sa piste. Jamais. Il traverserait les fleuves et les océans à la nage. Se rapprocherait un peu plus chaque nuit, pendant que lui serait obligé de faire halte pour dormir. Et un jour, dans une ville exotique, à des années d’ici, il entendrait des centaines de petits pieds galoper sur la route dans son dos…
« Tu te trompes de gars ! gémit-il. C’est pas de ma faute ! C’est pas moi qui l’ai kidnappé ! »
Le Bagage s’avança légèrement. Il ne restait plus maintenant qu’une étroite bande de jetée graisseuse entre les talons de Rincevent et le fleuve. Un éclair de prescience l’informa que le coffre arriverait à nager plus vite que lui. Il évita d’imaginer à quoi ressemblait une noyade dans l’Ankh.
« Il continuera tant que t’auras pas cédé, tu sais », fit une petite voix sur le ton de la conversation.
Rincevent baissa les yeux sur l’iconographe qui lui pendait toujours autour du cou. La trappe était ouverte et l’homoncule, appuyé contre l’encadrement, fumait une pipe en suivant la scène d’un œil amusé.
