
« Tu y passeras avec moi, au moins », fit Rincevent, les dents serrées.
Le diablotin se retira la pipe de la bouche. « Qu’est-ce que tu dis ?
— Je dis que tu y passeras avec moi, merde !
— Comme tu veux. » Le diablotin tapota la paroi de sa boîte d’un air entendu. « On verra bien qui coulera le premier. »
Le Bagage bâilla et s’avança d’un petit centimètre.
« Bon, d’accord, fit Rincevent avec irritation. Mais faut me laisser le temps de réfléchir. »
Le Bagage recula lentement. Rincevent regagna prudemment un lieu un peu plus sûr et s’assit, le dos contre un mur. De l’autre côté du fleuve, les lumières d’Ankh luisaient.
« T’es un mage, dit le diablotin imagier. Tu vas bien trouver un moyen de lui remettre la main dessus.
— Je ne vaux pas lourd comme mage, j’en ai peur.
— Tu peux sauter sur le dos des gens et les changer en vers de terre, ajouta l’autre d’un ton encourageant en ignorant sa dernière remarque.
— Non. La Transformation en Animaux, c’est un sortilège de huitième niveau. Je n’ai même pas fini mes études. Je ne connais qu’un seul sortilège.
— Eh ben, ça ira.
— Ça m’étonnerait, fit Rincevent au désespoir.
— Il fait quoi, alors, ce sortilège ?
— Peux pas te le dire. Tiens pas vraiment à en parler. Mais franchement, soupira-t-il, les sortilèges, ça n’est guère intéressant. Il faut trois mois pour en retenir même un simple, et une fois qu’on s’en est servi, pouf ! y en a plus. C’est ce qui est tellement idiot dans ces histoires de magie, tu vois. Tu passes vingt ans à apprendre le sortilège qui fait apparaître des vierges nues dans ta chambre, et tu t’es tellement intoxiqué aux vapeurs de mercure et usé les yeux à lire des vieux grimoires que tu n’arrives pas à te rappeler ce qu’il faut en faire après.
— J’avais jamais vu les choses sous cet angle, fit le diablotin.
