
« Tu vois ?
— Il veut pas te mordre, fit le diablotin. Y a de quoi manger, là-dedans. Tu lui sers à rien si tu crèves la dalle. »
Rincevent fouilla des yeux les recoins sombres du Bagage. Il aperçut effectivement, dans le fouillis des boîtes et des sacs d’or, plusieurs bouteilles et des paquets enveloppés dans du papier huilé. Il lâcha un rire incrédule, fureta sur la jetée abandonnée jusqu’à ce qu’il trouve un bout de bois à peu près de la longueur désirée qu’il coinça aussi poliment que possible dans l’ouverture entre le couvercle et le coffre, puis sortit un des paquets plats.
Le paquet contenait des biscuits qui se révélèrent aussi durs que du bois-diamant.
« ’utain de ’erde, marmonna-t-il en se massant la mâchoire.
— Ça, c’est les Biscuits de Voyage du Capitaine Huitpanthères, l’informa le diablotin depuis la porte de sa boîte. Ç’a sauvé des tas de vies en mer, ça.
— Oh, sûrement. On s’en sert comme radeau, ou est-ce qu’on les jette aux requins pour les voir comme qui dirait couler à pic ? Il y a quoi, dans les bouteilles ? Du poison ?
— De l’eau.
— Mais il y en a partout, de l’eau ! Pourquoi il a voulu amener de l’eau ?
— Il se méfiait.
— Il se méfiait ?
— Oui. De l’eau du coin. Tu comprends ? »
Rincevent ouvrit une bouteille. Le liquide qu’elle contenait aurait pu être de l’eau. La saveur en était plate, nulle, sans trace de vie. « Ça ne sent rien, et ça n’a pas de goût », grommela-t-il.
Le Bagage émit un petit grincement pour attirer son attention. Avec une nonchalance délibérée pour mieux faire comprendre la menace, il referma lentement son couvercle, broyant la cale improvisée de Rincevent comme une baguette de pain sec.
« D’accord, d’accord, fit le mage. Je réfléchis. »
* * *
Le quartier général d’Ymor occupait la Tour Penchée, au carrefour de la rue du Givre et du passage du Gel. À minuit, la sentinelle solitaire appuyée parmi les ombres leva les yeux vers les planètes en conjonction et se demanda distraitement quel changement elles annonçaient dans son destin.
