
Rincevent était parti. Le garde sentit l’invisible étreigneur de jambe – ou plutôt l’invisible chose, comme il commençait à le redouter – relâcher sa prise. Puis, tandis qu’il s’efforçait de se relever, un objet gros, lourd et anguleux surgit des ténèbres, le percuta et fonça sur les traces du mage. Un objet monté sur des centaines de tout petits pieds.
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Avec le seul secours de son recueil d’expressions réunies par ses soins, Deuxfleurs tentait d’expliquer à Dularge les mystères de l’hache-sueur-rance. Le gros aubergiste écoutait avec une vive attention, et ses petits yeux noirs brillaient.
Depuis l’autre bout de la table, Ymor les observait d’un air légèrement amusé et de temps en temps jetait à un de ses corbeaux de petits morceaux pris dans son assiette. À côté de lui, Withel faisait les cent pas.
« Tu t’inquiètes trop, fit Ymor sans quitter des yeux les deux hommes en face de lui. Je le sens, Stren. Qui oserait nous attaquer ici ? Et le mage traîne-ruisseau va venir. Il est trop lâche pour faire autrement. Et il va vouloir marchander. Et alors il sera à nous. Tout comme l’or. Et le coffre. »
L’œil unique de Withel lança un éclair, et il fit claquer son poing dans une paume gantée de noir.
« Qui aurait cru qu’il y avait autant de poirier savant sur tout le Disque ? demanda-t-il. Comment on aurait pu savoir ?
— Tu t’inquiètes trop, Stren. Je suis sûr que tu peux faire mieux cette fois-ci », dit aimablement Ymor.
Son lieutenant grogna de dégoût et fit le tour de la salle à grands pas pour houspiller ses hommes. Ymor continuait d’observer le touriste.
Curieusement, le petit homme n’avait pas l’air conscient de la gravité de sa situation. Ymor l’avait à plusieurs reprises vu embrasser la salle d’un regard extrêmement satisfait. Il discutait aussi depuis une éternité avec Dularge, et Ymor avait vu un papier changer de mains. Et Dularge avait donné quelques pièces à l’étranger. Bizarre.
