
« Eh bien, maintenant on ne risque plus de trouver de bateaux pour quitter la ville, gloussa Rincevent. J’imagine qu’on va prendre la route de la côte jusqu’à Chirm. Faut que je veille sur lui, vous comprenez. Mais écoutez, c’est pas moi qui ai fait…
— Mais oui, mais oui », l’interrompit la Fouine, apaisant. Il fit demi-tour et enfourcha d’un bond le cheval que tenait Bravd. Quelques instants plus tard, les deux héros n’étaient plus que deux petits points sous un nuage de poussière qui se dirigeait vers la ville de charbon de bois plus bas.
L’air abruti, Rincevent contempla le touriste étendu par terre. Les deux touristes. Profitant de son état vulnérable, une pensée vagabonde qui parcourait les dimensions en quête d’un cerveau où s’abriter se glissa dans sa tête.
« C’est encore un joli pétrin où tu m’as mis là », gémit-il et il s’écroula à la renverse.
* * *
« Cinglé », fit la Fouine. Bravd, qui galopait à sa hauteur, approuva de la tête.
« Tous les mages finissent comme ça, dit-il. C’est les vapeurs de mercure. Ça leur pourrit la cervelle. Les champignons, aussi.
— Pourtant…» commença son compagnon vêtu de brun. Il plongea la main dans sa tunique et en ressortit un disque d’or au bout d’une courte chaîne. Bravd leva les sourcils.
« Le mage a dit que le petit homme avait une espèce de disque d’or qui lui donnait l’heure, fit la Fouine.
— Et ç’a éveillé ta cupidité, mon petit ami ? Comme voleur, t’as toujours été un expert, la Fouine.
— Tu l’as dit », reconnut l’autre, modeste. Il toucha le bouton sur le bord de l’objet qui s’ouvrit brusquement.
Le tout petit démon emprisonné leva les yeux de son minuscule abaque et grimaça. « Il ne manque que dix minutes avant les huit heures », gronda-t-il. Le couvercle se referma sèchement et faillit pincer les doigts de la Fouine.
