La Fouine lâcha un juron et balança le diseur d’heure loin dans la bruyère, où l’objet heurta sans doute un caillou. N’importe comment, quelque chose fendit le boîtier, il y eut un éclair éclatant d’octarine et une bouffée de soufre lorsque l’être du temps disparut dans la dimension démoniaque qui était son royaume.

« Pourquoi t’as fait ça ? demanda Bravd qui n’était pas assez près pour avoir entendu parler le démon.

— Fait quoi ? répliqua la Fouine. Je n’ai rien fait, moi. Il ne s’est rien passé. Viens… Des affaires en or nous passent sous le nez ! »

Bravd hocha la tête. Tous deux tournèrent leurs montures puis galopèrent vers l’antique Ankh et d’honnêtes enchantements.

DEUXIÈME PARTIE

L’agent du huit

PROLOGUE

Le Disque-monde offre des panoramas beaucoup plus impressionnants que ceux qu’on trouve dans des univers dus à des créateurs moins imaginatifs mais techniquement plus doués.

Le soleil du Disque n’est peut-être qu’une petite lune en orbite dont les éruptions dépassent à peine la hauteur d’arceaux de croquet, mais ce défaut mineur ne compte guère auprès du spectacle prodigieux de la Grande Tortue A’Tuin, dont finalement la carapace antique et criblée de météores supporte le Disque. Parfois, durant Sa lente progression sur les rivages de l’Infini, Elle tourne Sa tête grande comme un continent pour happer une comète de passage.

Mais le panorama sans doute le plus impressionnant – peut-être parce que la plupart des cerveaux, devant le simple gigantisme galactique d’A’Tuin, refusent d’y croire – c’est la Cataracte sans fin où les mers du Disque déferlent continuellement par-dessus le Rebord pour se jeter dans l’espace. Ou alors l’Arc-en-Bord, l’arc-en-ciel de huit couleurs qui ceinture le Disque, suspendu dans un air saturé de brume au-dessus de la Cataracte. La huitième couleur, c’est l’octarine, due à la dispersion d’une lumière solaire intense sur un champ magique puissant.



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