
À mesure que le monde se déplace, l’œil en embrasse l’ensemble à la lumière de son minuscule soleil en orbite. On y distingue des continents, des archipels, des mers, des déserts, des chaînes de montagnes et même une toute petite calotte glaciaire. Les habitants d’un tel disque, c’est évident, ne veulent pas entendre parler de théories globales. Leur monde, bordé d’un océan qui l’encercle et se déverse perpétuellement dans l’espace en une seule et longue cataracte, est aussi rond et plat qu’une pizza géologique, moins les anchois.
Un tel monde, qui n’existe que parce que les dieux ne résistent pas à une bonne blague, est forcément un terrain où la magie peut survivre. Le sexe aussi, bien entendu.
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Il arriva à pied en plein orage et l’on reconnaissait en lui un mage, d’abord à cause de sa longue cape et de son bourdon sculpté, mais surtout parce que les gouttes de pluie s’arrêtaient à plusieurs dizaines de centimètres de sa tête pour disparaître en vapeur.
C’était une région propice aux orages, là-haut dans les montagnes du Bélier, une région de pics dentelés, de forêts épaisses et de vallées fluviales si petites qu’à peine la lumière du jour en avait-elle atteint le fond qu’il lui fallait déjà repartir. Des lambeaux de nuages s’accrochaient aux pics moins élevés en dessous du sentier de montagne où dérapait et glissait le mage. Quelques chèvres l’observaient à travers les fentes de leurs paupières, vaguement intéressées. Il suffit de peu pour intéresser une chèvre.
De temps en temps il s’arrêtait et jetait son lourd bourdon en l’air. Le bâton retombait toujours en indiquant la même direction, alors le mage soupirait, le ramassait et reprenait sa marche dans un bruit de succion.
L’orage se déplaçait autour des collines sur des jambes d’éclairs, hurlant et grondant.
