
Le forgeron ne se sentit pas le besoin d’une telle obséquiosité. Il adressa un signe de tête au mage, mais il s’agissait là d’un salut d’égal à égal, du moins dans l’esprit du forgeron. Après tout, n’importe quel forgeron à peu près compétent possède davantage que de vagues notions de magie, en tout cas il aime à le croire.
Le mage s’inclina. Un chat blanc qui dormait près du foyer se réveilla et l’observa prudemment.
« Comment s’appelle ce village, monsieur ? demanda le mage.
— Trou-d’Ucques, répondit l’autre.
— Trou… ?
— D’Ucques », répéta le forgeron dont le ton mettait quiconque au défi de lui chercher noise.
Le mage réfléchit.
« Un nom avec une histoire, finit-il par dire, qu’en d’autres circonstances il m’aurait plu d’entendre. Mais j’aimerais vous entretenir, forgeron, au sujet de votre fils.
— Lequel ? » fit l’artisan, et les invités parasites ricanèrent. Le mage sourit.
« Vous avez sept fils, n’est-ce pas ? Et vous-même êtes un huitième fils ? »
Le visage du forgeron se figea. Il se tourna vers les villageois.
« Bon, la pluie s’arrête, dit-il. Foutez le camp, vous autres. Monsieur…» Il regarda le mage, les sourcils levés.
« Tambour Billette, fit le mage.
— M’sieur Billette et moi, on a à causer. » Il agita vaguement son marteau et, un à un, le cou tendu par-dessus leurs épaules au cas où le mage accomplirait quelque chose d’intéressant, les badauds vidèrent les lieux.
Le forgeron tira deux tabourets de sous un établi. Il sortit une bouteille d’un placard près de la citerne d’eau et versa un liquide clair dans deux tout petits verres.
Les deux hommes s’assirent et regardèrent la pluie et la brume rouler par-dessus le pont. Puis le forgeron fit : « J’sais de quel fils vous voulez parler. La Mémé est là-haut avec ma femme en ce moment. Huitième fils d’un huitième fils, pour sûr. L’idée m’a traversé l’esprit mais j’y ai pas attaché grande importance, pour être honnête. Bien, bien. Un mage dans la famille, hein ?
