
Le grincement des roues reprit. Alexeï trouva sa peur stupide. Aussi stupide que cette attente derrière une vitre poussiéreuse, aussi bête que la mise en garde de ce vieux joueur d'échecs qui l'avait pris sans doute pour quelqu'un d'autre.
Il eut envie de descendre vite, de rentrer pour prendre de vitesse sa peur. «Le trac», ricana-t-il en silence, et il se mit à dévaler l'escalier. Mais, deux étages plus bas, il s'arrêta. Un couple venait d'entrer et commençait à monter, l'obligeant à reculer vers son refuge. Il observa de nouveau les fenêtres de l'appartement, celles de leurs voisins du dessous, et soudain comprit ce qui le retenait ici…
Durant les années de la terreur, cet appartement avait connu trois départs. On avait emmené, d'abord, le constructeur d'avions et sa famille. Dans la cour, la rumeur prétendait que c'était son assistant qui l'avait dénoncé, pour occuper son poste et cet appartement. Il s'y était installé avec sa famille, avait eu le temps d'acheter de nouveaux meubles pour la salle à manger et de sentir la pérennité de cette nouvelle situation. Six mois après, la nuit où était venu leur tour, on avait entendu le cri de leur enfant qui, encore ensommeillée, réclamait sa poupée favorite que, dans la hâte de l'arrestation, personne n'avait pensé à emporter. Une semaine plus tard emménageait cet homme portant l'uniforme de la Sûreté d'État.
