
À Rome, le baron Pompeo Aloisi, aristocrate devenu chef de cabinet de Mussolini, est perplexe. Il y a moins de quinze jours, le 14 juin, à Venise, il a assisté à la première rencontre entre le Duce et le Führer. Rien ne laissait soupçonner les événements. Malgré quelques rumeurs, les Sections d’Assaut semblaient toujours l’une des forces sur lesquelles s’appuyait le régime. Les hommes en chemise brune et leur chef, le capitaine Roehm, n’avaient-ils pas aidé Hitler à conquérir le pouvoir en contrôlant les rues des villes allemandes ? Maintenant, en ce 1er juillet, Aloisi note dans son journal : « La répression a été très dure, car sur treize généraux de corps d’armée des Sections d’Assaut sept ont été fusillés. » Au fur et à mesure que, au poste privilégié qu’il occupe, Aloisi reçoit des renseignements nouveaux, il s’étonne davantage des circonstances de la tuerie. « Une Saint-Barthélemy allemande », dira Otto Strasser, le frère de Gregor. Mussolini ne cache pas son mépris. « Pendant les arrestations, lui a précisé Aloisi, il s’est passé des scènes répugnantes. » Le Duce avec sa virilité orgueilleuse de Latin a déjà insisté sur cet aspect. « Une des caractéristiques de la révolte, a-t-il conclu, est que la majeure partie des dirigeants étaient tous des pédérastes, à commencer par Roehm. »
Roehm « avait quelque chose de repoussant » dit André François-Poncet qui, à Berlin était le plus élégant et le plus spirituel des ambassadeurs. « Un banquier très versé dans la société berlinoise, raconte-t-il, et qui se plaisait à réunir autour de sa table les personnalités les plus diverses de l’ancien et du nouveau régime, m’avait instamment prié d’aller dîner chez lui pour faire plus ample connaissance avec Roehm, j’avais accepté... »
