
L’ambassadeur de France, digne, hautain même, souverain dans ses manières et par son intelligence se rend donc à l’invitation. Le dîner n’est en rien clandestin. « II était servi par Horcher, le restaurateur le plus couru de Berlin. » François-Poncet attend donc le capitaine Roehm. « Il était venu, se souvient-il, accompagné de six ou huit jeunes gens frappants par leur élégance et leur beauté. Le chef des S.A. me les présenta comme ses aides de camp. » Mais la surprise passée, François-Poncet s’ennuie, « Le repas avait été morne. La conversation insignifiante. J’avais trouvé Roehm lourd et endormi. Il ne s’était animé que pour se plaindre de son état de santé et de ses rhumatismes qu’il se proposait d’aller soigner à Wiessee si bien qu’en rentrant chez moi, je pestais contre notre amphitryon ; je le rendais responsable de l’ennui de cette soirée. » Mais plus tard, repensant à ce dîner et à son hôte berlinois, François-Poncet ajoute : « Lui et moi, après le 30 juin, en étions les seuls survivants ; et lui-même ne dut son salut qu’au fait qu’il réussit à s’enfuir en Angleterre{2}. »
ERNST ROEHM
Roehm exécuté, Roehm, chef d’État-major des S.A. depuis le 5 janvier 1931, nommé à ce poste clé par le Führer en personne.
Le 2 décembre 1933, Hitler l’a même fait entrer dans son cabinet comme ministre sans portefeuille. Roehm, on le voit partout en uniforme de S.A., passant en revue les unités de cette immense troupe de 2 500 000 hommes qu’il a constituée. Il parade, il parle, orgueilleusement provocant. Les mots les plus neutres deviennent chez lui, violents, durs, choquants presque. Peut-être est-ce à cause de sa laideur qui est au-delà même de la laideur. Le crâne est toujours rasé, le visage est gros, joufflu, vulgaire, parcouru d’une large cicatrice qui enserre le menton et le nez.
