On aurait pu tout au plus l’utiliser comme laboratoire biologique pour des expériences nécessitant la croissance dans un milieu pur, exempt de microbes. Mais il y avait déjà de nombreuses planètes de ce genre. Les premiers voyages interplanétaires avaient été entrepris parce qu’il était absolument nécessaire de trouver des mondes nouveaux où les hommes puissent vivre. La Terre était surpeuplée, terriblement surpeuplée. Et les hommes recherchaient de nouveaux univers où s’installer. Ils en avaient découvert des quantités. Mais ils cherchaient désespérément des mondes nouveaux dans lesquels la vie les aurait précédés. Peu importait que l’existence fût douce et sans dangers ou féroce et meurtrière. S’il y avait une vie, quelle qu’elle fût, des humains pourraient s’y fixer. Mais des êtres aussi hautement organisés que les hommes ne pouvaient vivre là où n’existait aucune autre forme de vie.

Le Téthys s’assura donc qu’il n’y avait aucune trace de vie sur la planète inconnue. Puis l’équipage effectua les habituelles mesures de la constante de gravitation, du champ magnétique et des courbes de température. Il préleva des échantillons d’air et d’eau. Mais ce fut tout. Les roches étaient familières. Aucune nouveauté de ce côté. Simplement, la planète était inutilisable. Le navire de prospection inscrivit ses découvertes sur une fiche mécanographique de quinze centimètres sur vingt et partit rapidement à la recherche d’un univers meilleur. Il n’ouvrit même pas un de ses hublots pendant son séjour. La visite du Téthys n’eut d’autres suites que la fiche mécanographique. Absolument aucune.

Pendant huit-cents ans, aucun autre navire ne s’approcha de la planète inconnue.

Puis, près de mille ans plus tard, le navire d’ensemencement Orana se posa sur la planète sans nom. À cette époque, l’humanité s’était répandue très largement et très loin. Le quart de la Galaxie avait été exploré et colonisé. La Terre n’était plus surpeuplée. Il y avait encore une émigration. Mais ce n’était plus le flot des siècles précédents, tout au plus un mince filet. Certains des mondes colonisés avaient, à leur tour, leurs émigrants. L’espèce humaine ne voulait pas s’entasser à nouveau. Les hommes estimaient maintenant que les taudis monstrueux engendrés par le surpeuplement n’avaient aucune raison d’être.



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