
Sa mission accomplie, le Ludred s’éloigna à travers le vide.
Il aurait dû y avoir un autre apport quelques siècles plus tard. Un navire de la Section zoologique aurait dû amener des oiseaux, des mammifères et des reptiles. Il aurait dû immerger des mammifères pélagiques dans les océans grouillants de vie. Il aurait dû lâcher dans les plaines fertiles des colonies d’herbivores qui s’y seraient nourris d’une végétation luxuriante, libérer des hordes de carnassiers qui auraient fait des herbivores leur pitance. En un mot, un peuplement méticuleux de la planète aurait dû avoir lieu, suivi de visites périodiques tous les deux ou trois siècles pour vérifier qu’un véritable équilibre écologique était en train de s’instaurer. Et lorsque, enfin, cet équilibre aurait été atteint, alors seulement seraient venus les hommes – pour le détruire à leur profit.
Mais il se produisit un accident.
Les navires spatiaux s’étaient encore perfectionnés. Des « yachts » privés emportaient désormais leurs propriétaires sur la route des vacances à des dizaines – voire des centaines – d’années-lumière. Des cargos bourlinguaient comme si de rien n’était sur des distances de milliers d’années-lumière. Un navire de prospection était même parti à la recherche d’un autre univers – sans jamais revenir toutefois. Les planètes habitées étaient toutes membres d’une organisation centrale qui, refusant de se mêler de leurs petits problèmes internes, limitait ses interventions aux affaires spatiales.
Pour des raisons d’ordre pratique, cette organisation décida un beau jour le transfert du Service de Préparation écologique et de ses fichiers sur Algol IV. Au cours du déménagement, un des classeurs fut renversé. Les fiches qu’il contenait furent bien entendu remises en ordre – à l’exception de l’une d’elles, qui ne fut pas ramassée et se perdit.
