
De sorte que la planète qui n’avait pas de nom fut oubliée. Aucun autre navire ne vint achever de la préparer pour son occupation par l’homme. Dédaignée, couverte de masses de nuages, elle poursuivit sa rotation autour de son soleil. Vue de loin, ce n’était qu’une boule ronde et blanche, rien de plus.
Cependant, à sa surface, sur ses basses terres cachées par les nuages, se déroulait un pur cauchemar. Ceci fut sans importance pendant très longtemps. Jusqu’au départ du paquebot spatial Icare.
L’Icare était un navire splendide. Il transportait des passagers à destination de l’un des bras en spirale de la Galaxie. Coupant les routes normales, il mit le cap vers son but. Et il fut victime de l’un des très rares accidents survenus aux vaisseaux interplanétaires. Il fit naufrage dans l’espace. Ses passagers et son équipage durent se réfugier à bord des petites fusées de sauvetage.
Le rayon d’action de ces fusées était limité. Les naufragés se posèrent sur la planète que le Téthys avait été le premier à visiter, que l’Orana et le Ludred avaient ensemencée. Cette planète ne figurait plus sur aucune carte, ni dans aucun fichier.
Le carburant des réfugiés était épuisé. Ils ne pouvaient plus repartir. Ils ne pouvaient pas lancer de SOS. Il leur fallut rester là.
Au bout de quelque temps, les rares personnes connaissant l’existence d’un paquebot spatial appelé Icare perdirent tout espoir de le retrouver. Puis on oublia l’Icare. Tout le monde l’oublia. Même les descendants des naufragés. Pas tout de suite, bien sûr. Les premières générations nées sur la planète sans nom nourrirent quelque temps l’espoir d’un sauvetage.
Après quarante générations, les êtres humains vivant sur l’astre oublié ne savaient même plus qu’ils avaient été amenés là par un navire. Ils ne connaissaient plus l’usage des métaux, ni celui du feu. Ensevelis sous les nuages, ils ne connaissaient même pas la lumière du soleil. Ils survivaient au milieu d’une frénésie d’horreur, d’une menace tumultueuse et grouillante. Ils étaient devenus des sauvages.
