
Miss Ashburton se tourna vers moi, et presque à voix basse:
– Ta mère, c’est Alissa qui la rappelle.
L’été, cette année, fut splendide. Tout semblait pénétré d’azur. Notre ferveur triomphait du mal, de la mort; l’ombre reculait devant nous. Chaque matin j’étais éveillé par ma joie; je me levais dès l’aurore, à la rencontre du jour m’élançais… Quand je rêve à ce temps, je le revois plein de rosée. Juliette, plus matinale que sa sœur qui prolongeait très tard ses veillées, descendait avec moi dans le jardin. Entre sa sœur et moi elle se faisait messagère; je lui racontais interminablement notre amour et elle ne semblait pas se lasser de m’entendre. Je lui disais ce que je n’osais dire à Alissa devant qui, par excès d’amour, je devenais craintif et contraint. Alissa semblait se prêter à ce jeu, s’amuser que je parlasse si gaiement à sa sœur, ignorant ou feignant d’ignorer qu’au demeurant nous ne parlions que d’elle.
Ô feinte exquise de l’amour, de l’excès même de l’amour, par quel secret chemin tu nous menas du rire aux pleurs et de la plus naïve joie à l’exigence de la vertu!
L’été fuyait si pur, si lisse que, de ses glissantes journées, ma mémoire aujourd’hui ne peut presque rien retenir. Les seuls événements étaient des conversations, des lectures…
