
– J’ai fait un triste rêve, me dit Alissa, au matin de mes derniers jours de vacances. Je vivais et tu étais mort. Non; je ne te voyais pas mourir. Simplement il y avait ceci: tu étais mort. C’était affreux; c’est tellement impossible que j’obtenais que simplement tu sois absent. Nous étions séparés et je sentais qu’il y avait moyen de te rejoindre; je cherchais comment, et, pour y arriver, j’ai fait un tel effort que cela m’a réveillée.
«Ce matin, je crois que je restais sous l’impression de ce rêve; c’était comme si je le continuais. Il me semblait encore que j’étais séparée de toi, que j’allais rester séparée de toi longtemps, longtemps – et très bas elle ajouta: toute ma vie – et que toute la vie il faudrait faire un grand effort…
– Pourquoi?
– Chacun, un grand effort pour nous rejoindre.
Je ne prenais pas au sérieux ou craignais de prendre au sérieux ses paroles. Comme pour y protester, mon cœur battant beaucoup, dans un soudain courage je lui dis:
– Eh bien, moi, ce matin, j’ai rêvé que j’allais t’épouser si fort que rien, rien ne pourrait nous séparer – que la mort.
– Tu crois que la mort peut séparer? reprit-elle.
– Je veux dire…
– Je pense qu’elle peut rapprocher, au contraire… oui, rapprocher ce qui a été séparé pendant la vie.
Tout cela entrait en nous si avant que j’entends encore jusqu’à l’intonation de nos paroles. Pourtant je ne compris toute leur gravité que plus tard.
L’été fuyait. Déjà la plupart des champs étaient vides, où la vue plus inespérément s’étendait. La veille, non, l’avant-veille de mon départ, au soir, je descendais avec Juliette vers le bosquet du bas-jardin.
– Qu’est-ce que tu récitais hier à Alissa? me dit-elle.
– Quand donc?
– Sur le banc de la marnière, quand nous vous avions laissés derrière nous…
