– Ah!… quelques vers de Baudelaire, je crois…


– Lesquels? Tu ne veux pas me le dire.


– Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres; commençai-je d’assez mauvaise grâce; mais elle, m’interrompant aussitôt, continua d’une voix tremblante et changée:


– Adieu, vive clarté de nos étés trop courts!


– Eh quoi! tu les connais? m’écriai-je, extrêmement surpris. Je croyais que tu n’aimais pas les vers…


– Pourquoi donc? Est-ce parce que tu ne m’en récites pas? dit-elle en riant, mais un peu contrainte… Par moments tu sembles me croire complètement stupide.


– On peut être très intelligent et n’aimer pas les vers. Jamais je ne t’en ai entendu dire ou tu ne m’as demandé d’en réciter.


– Parce qu’Alissa s’en charge… Elle se tut quelques instants, puis brusquement:


– C’est après-demain que tu pars?


– Il le faut bien.


– Qu’est-ce que tu vas faire cet hiver?


– Ma première année de Normale.


– Quand penses-tu épouser Alissa?


– Pas avant mon service militaire. Pas même avant de savoir un peu mieux ce que je veux faire ensuite.


– Tu ne le sais donc pas encore?


– Je ne veux pas encore le savoir. Trop de choses m’intéressent. Je diffère le plus que je peux le moment où il me faudra choisir et ne plus faire que cela.


– Est-ce aussi la crainte de te fixer qui te fait différer tes fiançailles?


Je haussai les épaules sans répondre. Elle insista:


– Alors, qu’est-ce que vous attendez pour vous fiancer? Pourquoi est-ce que vous ne vous fiancez pas tout de suite?


– Mais pourquoi nous fiancerions-nous? Ne nous suffit-il pas de savoir que nous sommes et que nous resterons l’un à l’autre, sans que le monde en soit informé? S’il me plaît d’engager toute ma vie pour elle, trouverais-tu plus beau que je lie mon amour par des promesses? Pas moi. Des vœux me sembleraient une injure à l’amour… Je ne désirerais me fiancer que si je me défiais d’elle.



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