
– Il n’est plus temps, murmura-t-elle. Puis, voyant mes yeux s’emplir de larmes, et comme si cette dérisoire explication eût pu suffire à me calmer, répondant à l’interrogation de mon regard:
– Non… rassure-toi: simplement j’ai mal de tête; ces enfants font un tel vacarme… j’ai dû me réfugier ici… Il est temps que je retourne auprès d’eux maintenant.
Elle me quitta brusquement. Du monde entra qui me sépara d’elle. Je pensais la rejoindre dans le salon; je l’aperçus à l’autre extrémité de la pièce, entourée d’une bande d’enfants dont elle organisait les jeux. Entre elle et moi je reconnaissais diverses personnes auprès de qui je n’aurais pu m’aventurer sans risquer d’être retenu; politesses, conversations, je ne m’en sentais pas capable; peut-être qu’en me glissant le long du mur…
J’essayai.
Comme j’allais passer devant la grande porte vitrée du jardin, je me sentis saisir par le bras. Juliette était là, à demi cachée dans l’embrasure, enveloppée par le rideau.
– Allons dans le jardin d’hiver, dit-elle précipitamment. Il faut que je te parle. Va de ton côté; je t’y retrouve aussitôt. – Puis, entr’ouvrant un instant la porte, elle s’enfuit dans le jardin.
Que s’était-il passé? J’aurais voulu revoir Abel. Qu’avait-il dit? Qu’avait-il fait?… Revenant vers le vestibule, je gagnai la serre où Juliette m’attendait.
Elle avait le visage en feu; le froncement de ses sourcils donnait à son regard une expression dure et douloureuse; ses yeux luisaient comme si elle eût eu la fièvre; sa voix même semblait rêche et crispée. Une sorte de fureur l’exaltait; malgré mon inquiétude, je fus étonné, presque gêné par sa beauté. Nous étions seuls.
– Alissa t’a parlé? me demanda-t-elle aussitôt.
