
Nous nous étions trop hâtés et arrivâmes au carrefour bien avant la voiture que, par une autre route et pour nous laisser le temps de causer, la tante faisait avancer très lentement. Nous nous assîmes sur le talus; le vent froid qui soudain s’éleva nous transit, car nous étions en nage; alors nous nous levâmes pour aller à la rencontre de la voiture… Mais le pire fut encore la pressante sollicitude de la pauvre tante, convaincue que nous avions abondamment parlé, prête à nous questionner sur nos fiançailles. Alissa, n’y pouvant tenir et dont les yeux s’emplissaient de larmes, prétexta un violent mal de tête. Le retour s’acheva silencieusement.
Le jour suivant, je me réveillai courbaturé, grippé, si souffrant que je ne me décidai qu’après midi à retourner chez les Bucolin. Par malchance, Alissa n’était pas seule. Madeleine Plantier, une des petites filles de notre tante Félicie, était là – avec qui je savais qu’Alissa prenait souvent plaisir à causer. Elle habitait pour quelques jours chez sa grand-mère et s’écria lorsque j’entrai:
– Si tu retournes à la Côte en sortant d’ici, nous pourrons y monter ensemble.
Machinalement j’acquiesçai; de sorte que je ne pus voir Alissa seule. Mais la présence de cette enfant aimable nous servit sans doute; je ne retrouvai pas la gêne intolérable de la veille; la conversation s’établit bientôt aisément entre nous trois et beaucoup moins futile que je ne l’aurais d’abord pu craindre.
