
— A propos, la porte était bloquée de l’intérieur, dit le conducteur. Donc…
— Voyez plutôt cela, lui répondit Anton Pétrovitch, indiquant la fenêtre grande ouverte. J’ai tout de suite trouvé ce jeune homme suspect. Il m’a tant interrogé sur tout, puis il a voulu savoir s’il y avait du carburant à bord du Cardan…
— Quelle extravagance, dit le conducteur. Pour quoi faire ?
— Exactement : pour quoi faire ? répéta Evguéni Andrianovitch.
Il s’était posé cette question des dizaines de fois déjà. Les conversations avec les collaborateurs de l’institut, leurs récits lui dessinaient progressivement le portrait sympathique d’un jeune chercheur amoureux de sa profession, exigeant envers lui-même et les autres, sincère et modeste. On établit que ces derniers jours Stretton paraissait, il est vrai, fortement préoccupé par quelque chose. Il était d’humeur sombre et répondait souvent à côté. Ce n’était pas très étonnant, car il avait la responsabilité d’un grand nombre de travaux. De plus, ce portrait ne collait nullement avec l’image du visiteur dégourdi et pétillant de vie brossée par Anton Pétrovitch.
Si au moins un collaborateur avait vu Georges Stretton à Edimbourg ou à Clyde le jour de la visite du musée ! Non, personne ne l’avait vu. Ainsi donc, pour quoi faire ?… Pour quelle raison ? Le président du Conseil feuilleta de nouveau, pour la nième fois, le journal de l’ingénieur, relut certaines notes.
« …Le cerveau apprend normalement. Hier, nous avons terminé le chapitre des équations différentielles. Il les résoud vraiment bien ! A partir de la semaine prochaine, je projette d’aborder la théorie des probabilités.
« 11 mars. Bravo, Victor ! Je commence à avoir de la peine à me mesurer avec lui. L’essentiel est que non seulement il répond à des questions, mais se met aussi à en poser. J’ai ajusté les analyseurs lumineux et acoustiques. L’effet est stupéfiant. Il est absolument comme un enfant. Pourquoi ceci, pourquoi cela ? Dix mille “pourquoi”. »
