Evguéni Andrianovitch tourna plusieurs pages.

« …Victor s’intéresse aux microfilms. Il est capable de passer toute la nuit à visionner les comptes rendus des expéditions spatiales. Je dis : toute la nuit. Victor semble ignorer la fatigue et les autres faiblesses humaines. Drôle de chose (à méditer et à discuter avec le prof. Svétlov) : Victor a une mémoire phénoménale. Il retient impeccablement tout ce qu’il a vu ou lu. Pourquoi visionne-t-il à nouveau certains microfilms ? Est-il possible que ce soit parce que, pour employer un terme humain, cela l’émeut ? N’y a-t-il pas là un début d’émotions ? »

On frappa à la porte et une laborantine, essouf-lée, entra dans la pièce.

— Monsieur le président du Conseil de coordination, dit-elle, l’ingénieur Stretton a été retrouvé.

— Où est-il ? bondit Evguéni Andrianovitch.

— On l’a porté au poste médical. Il est sans connaissance.


Un homme solidement bâti, en blouse blanche, retira lentement le masque.

— Sa vie n’est pas en danger, répondit-il à la question de Evguéni Andrianovitch. C’est du simple chloroforme, mais fortement dosé.

Evguéni Andrianovitch scruta quelques instants le visage blême et les lèvres serrées de Stretton.

— Où l’a-t-on trouvé ? articula-t-il lentement.

— Dans le bâtiment où nous étions, au laboratoire du rez-de-chaussée, répondit le conducteur, les traits tirés. — Sur lui, il y avait ceci… fit-il en lui tendant un billet.

Le président le déplia.

« Cher Georges Stretton, y lisait-on. Probablement, ayant repris vos esprits et lu ce billet, vous me comprendrez et me pardonnerez. Après tous les livres et tous ces films, après tout ce que j’ai vu et appris, j’ai senti, en recevant le système exécutif, que je devais faire mes preuves.



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