
— Curieux, marmonna le conducteur.
— Absolument pas, dit Anton Pétrovitch. L’ingénieur Stretton a dû déjà parcourir plus d’un million de kilomètres. Il ne peut pas se trouver en deux endroits à la fois. Il est à bord du Cardan…
— Non, réagit vivement le conducteur, c’est impossible. Joe et moi, nous sommes amis, et je réponds de lui comme de moi-même.
— Parlez-nous de lui, demanda Evguéni Andrianovitch.
— Il est maître de recherches au Centre. Mais je le connais depuis l’Académie. Nous étions de la même année. Nous avons fait ensemble un stage sur Deimos…
— Le satellite de Mars ?
— Lui-même. A l’époque déjà, on promettait à Georges un grand avenir. Depuis deux ans, il se passionnait pour le microcerveau électronique, d’une complexité proche de celle du cerveau humain.
— A part vous, quelqu’un est au courant de ces travaux ? demanda Evguéni Andrianovitch.
— Bien sûr ! Le professeur Svétlov trouve qu’ils sont parmi les plus prometteurs de la cybernétique contemporaine si l’on réussit à relier ce cerveau à un dispositif exécutant assez vite ses ordres. Georges est le chouchou de tout le personnel. Non, il ne pouvait pas agir de la sorte, conclut le conducteur.
— Néanmoins, il n’est pas là, dit le président. Comment l’expliquez-vous ?
— Essayons de bien chercher…
Dans les pièces, régnait un ordre parfait.
— Joe a toujours été un homme d’ordre, marmonna le conducteur.
Sur le bureau, il y avait des feuillets couverts de formules. On avait l’impression que le maître de céans venait de se lever pour se dégourdir les jambes. Evguéni Andrianovitch examina attentivement les feuillets. Le plan d’une nouvelle expérience… Le schéma d’autorégulation du troisième bloc… Et là, c’est quoi ? Un mince cahier, avec une couverture en polyvinyle rose, sur laquelle était écrit en grosses lettres : « Journal ». Evguéni Andrianovitch le fourra dans sa poche sans l’ouvrir.
