Peut-être parce que, à l’époque, l’astronef du commandant Ramo était apparu sur tous les écrans de télévision de la Terre. Tout le monde, semblait-il, avait entendu parler du fameux commandant qui, à bord d’une fusée monoplace, avait fait le tour de Jupiter ? Son nom figurait dans le Livre d’Or de la Terre et une statue du commandant s’élevait dans l’Allée des Héros. Oui, les nouvelles fusées pouvaient reprendre facilement le chemin du commandant. Mais l’exploit de Ramo, qui fit le tour de Jupiter les moteurs arrêtés, presque au niveau de sa troposphère, restait inégalé. C’était comme piloter un avion à réaction sous un pont de chemin de fer. Une légère imprécision, un mauvais coup de manche à balai, et l’oiseau scintillant ne sera qu’un tas de débris fumants. « Une précision et un sang-froid à la limite de l’imaginable », écrivaient alors les journaux. A proprement parler, l’exploit du commandant était dû à une nécessité. Il y avait eu un accident sur Marcella, station-satellite de Jupiter. Le planétologue en chef, un jeune homme, qui venait de sortir de l’Académie de l’Espace, avait eu la colonne vertébrale fracturée. Il fallait le transporter d’urgence sur Terre. Seul le commandant Ramo se trouvait à proximité de Jupiter. Mais sa réserve de carburant n’était pas prévue pour une escale intermédiaire. Et le commandant Ramo choisit une solution audacieuse. Sur son ordre, le planétologue inconscient, fut placé dans un conteneur hermétique en acier. Le conteneur fut installé au sommet de la tour ajourée des liaisons spatiales. La pesanteur n’existait pratiquement pas sur Marcella, et le conteneur fut attaché à la tour avec un fil de nylon. Une heure et demie plus tard, le Cardan passa au-dessus de Marcella, tout près du sommet de la tour. Arrivant sur la tour, Ramo fit fonctionner à plein régime un électro-aimant du système de protection dynamique du vaisseau, et le conteneur, faisant un saut, retomba dans un filet qui amortit le choc.


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