
Oui, énorme et lourdaud, le Cardan faisait une drôle d’impression. A l’époque, le carburant annihilationnel, qui permettait de réduire sensiblement les dimensions des vaisseaux n’existait pas encore. Anton Pétrovitch se rappela les propos du commandant Ramo après son retour sur Terre : « Un calcul précis ? Peut-être. Mais aussi un hasard heureux. J’avais une chance sur mille. Et pourtant, j’ai pris le risque, car, au fond, je n’avais pas le choix. »
Le directeur fut tiré de ses souvenirs par la voix de Stretton, maintenant tempérée et mielleuse.
— Excusez-moi, je vois que je vous ai fatigué.
— Ce n’est rien, dit Anton Pétrovitch, se levant. Vous ne vous êtes même pas assis ?
— L’habitude, savez-vous… A propos, je voulais vous demander si les fusées sont exposées sans carburant ?
— Certainement.
— Ne croyez-vous pas que prendre son carburant au Cardan, c’est comme… — Stretton chercha la comparaison — vider de son sang un cerf blessé.
— Vous avez raison, sourit Anton Pétrovich, compréhensif. Il avait un faible pour le vaisseau du commandant Ramo. D’ailleurs, à titre exceptionnel, nous avons laissé sur le Cardan la réserve de carburant de secours… Ce carburant n’est plus utilisé depuis longtemps.
