Il y avait un dispositif antisurcharges dans le conteneur, ce qui sauva le planétologue. Ramo l’avait attrapé comme un cavalier d’élite lancé à fond saisit sur le sol un petit bouton. Le commandant, à la moindre erreur, aurait percuté le satellite. Si son vol avait été un peu plus vertical, le vaisseau aurait été attiré par le formidable champ de gravitation de Jupiter. Mais la chance sourit au commandant ! Sur la Terre, le planétologue Anton Pétrovitch Sorokine fut opéré et eut la vie sauve. Seulement, les médecins lui interdirent strictement d’aller dans le cosmos et, une fois guéri, il devint directeur du Musée d’astronautique.

Oui, énorme et lourdaud, le Cardan faisait une drôle d’impression. A l’époque, le carburant annihilationnel, qui permettait de réduire sensiblement les dimensions des vaisseaux n’existait pas encore. Anton Pétrovitch se rappela les propos du commandant Ramo après son retour sur Terre : « Un calcul précis ? Peut-être. Mais aussi un hasard heureux. J’avais une chance sur mille. Et pourtant, j’ai pris le risque, car, au fond, je n’avais pas le choix. »

Le directeur fut tiré de ses souvenirs par la voix de Stretton, maintenant tempérée et mielleuse.

— Excusez-moi, je vois que je vous ai fatigué.

— Ce n’est rien, dit Anton Pétrovitch, se levant. Vous ne vous êtes même pas assis ?

— L’habitude, savez-vous… A propos, je voulais vous demander si les fusées sont exposées sans carburant ?

— Certainement.

— Ne croyez-vous pas que prendre son carburant au Cardan, c’est comme… — Stretton chercha la comparaison — vider de son sang un cerf blessé.

— Vous avez raison, sourit Anton Pétrovich, compréhensif. Il avait un faible pour le vaisseau du commandant Ramo. D’ailleurs, à titre exceptionnel, nous avons laissé sur le Cardan la réserve de carburant de secours… Ce carburant n’est plus utilisé depuis longtemps.



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